Du bois dont on fait les fouets

Fouets fabriqués à Sorede (66)
©ESAT Les Micocouliers

Robuste et souple, le bois de micocoulier fut utilisé à partir du XVIIe siècle dans une industrie de fouets à Perpignan. Mais pourquoi en parler au passé ? Sous l’égide de l’association Apajh, un établissement et service d’aide par le travail fabrique à Sorède des articles équestres et de chasse, redonnant à ce patrimoine ancestral… un vrai coup de fouet.

Bien des amateurs de charcuterie connaissent le fouet catalan, saucisse sèche à base de porc. Mais la Catalogne s’est également illustrée dans la fabrication du vrai fouet, celui dont les charretiers se servaient pour conduire leurs attelages. C’est en effet dans la région de Perpignan que, dès le XVIIe siècle, on fabriquait cet accessoire à partir du micocoulier, un arbre typiquement méditerranéen, idéal pour les besoins de la cause puisque son bois est à la fois souple et solide. Il a permis de développer une industrie florissante avant que la mécanisation des travaux agricoles n’entraîne son déclin, même si une entreprise de Sorède, à deux pas d’Argelèssur- Mer, a maintenu l’activité jusque dans les années 1970. L’histoire aurait pu s’arrêter là si l’Association pour adultes et jeunes handicapés (Apajh) n’avait repris le flambeau en 1981. L’initiative a non seulement permis de favoriser l’insertion professionnelle par l’emploi de travailleurs en situation de handicap, mais aussi de conserver et de transmettre « un savoir-faire ancestral, unique au monde », se félicite Florence Grémion, directrice de l’établissement et service d’aide par le travail Les Micocouliers.

Fournisseur d’Hermès et de la Garde républicaine

Fabrication de Fouets à Sorede (66)
©ESAT Les Micocouliers

Deux gammes d’articles sont fabriquées dans un atelier ouvert au public : le fameux fouet avec manche en bois et lanière de cuir, à l’usage des chasseurs et des dresseurs d’animaux, et les accessoires équestres tels que les cravaches, les chambrières, et autres sticks de dressage. Reine de ces instruments, la cravache exige les plus grands soins. On débite son bois dans le tronc du micocoulier, on segmente en quatre brins, on serpette, on ponce, on torsade à la vapeur, on fait sécher, on vernit, puis arrivent les finitions : on habille le manche de cuir, on coud la claquette, et on ligature l’extrémité du manche par un fil de coton.

Un travail d’une extrême qualité qui attire des clients aussi prestigieux qu’Hermès ou la Garde républicaine. « Mais nous ne répondons pas qu’à des commandes. Nous fabriquons aussi nos propres articles vendus sur place ou dans notre boutique d’Argelès », tient à souligner Florence Grémion. La gestion éco-durable de la matière première est également au coeur des préoccupations. Les micocouliers sont exclusivement exploités dans les Pyrénées-Orientales. Après abattage, ces arbres se régénèrent à travers plusieurs rejets dont on conserve le plus vigoureux. Une fabrique de cravaches très à cheval sur l’écologie…