Sakina M’sa, militante haute couture

Pour Sakina M’sa, la mode et le luxe doivent montrer l’exemple. Ses collections sont réalisées à partir de chutes de tissus de maisons de haute couture, la sienne étant par ailleurs une entreprise d’insertion. Une soixantaine de créateurs partageant ses valeurs l’ont rejointe dans le concept store parisien Front de Mode.

Luxe ’n You : Comment votre travail a-t-il nourri votre engagement ?
Sakina M’sa : J’ai été élevée par ma grand-mère animiste aux Comores. On l’appelait Coco, comme Coco Chanel. Elle aimait beaucoup s’habiller et pensait au côté fonctionnel du vêtement, avec le respect du vivant. Elle m’a donné ce goût de faire les choses autrement. J’ai suivi une école de mode à Marseille, puis je suis venue à Paris… Et là, tout s’est précisé : j’ai organisé des ateliers de mode en banlieue où il y avait des jeunes filles et des mamans. Cela m’a amené à créer ma maison de couture, qui est une Entreprise d’insertion sociale par l’activité économique. Nous embauchons des personnes en difficulté et nous les formons. Nous en comptons déjà une trentaine.

Selon vous, le luxe peut-il être responsable ?
Sakina M’sa : Je me pose beaucoup de questions sur le luxe aujourd’hui et la manière dont il va s’adapter au paradigme du développement durable. De grands noms ont commencé, mais je crains que la mode ne passe à côté de l’écologie.

Quelles sont vos solutions ?
Sakina M’sa :
Elles sont très concrètes : tous nos vêtements sont réalisés avec les chutes de grandes maisons. Nous sommes en quelque sorte la poubelle de la haute couture ! Je crée une collection avec des tissus recyclés à 100 %. Tout cela ne s’est pas fait en deux, mais en vingt ans ! C’est un travail de militante et non d’opportuniste. Nous nous sommes tout de suite interrogés sur notre impact écologique et social.

Que trouve-t-on à Front de Mode ?
Sakina M’sa : C’est un concept store proposant du prêt-à-porter, du lifestyle, des accessoires… Il est devenu une adresse qui compte pour les professionnels, un lieu d’exigence de style et de sens. Nous travaillons avec une soixantaine de créateurs qui répondent au moins à un critère du développement durable. Pour le reste, l’accent est mis sur le savoir-faire, la qualité, les matériaux et l’esthétique. C’est pour cela que je parle de développement désirable… C’est mon mantra. Une fois par mois, l’un de ces créateurs a carte blanche chez Front de Mode pour présenter sa collection et son engagement.

Quels sont vos projets ?
Sakina M’sa : Ne plus faire de collections saisonnières, mais de la slow fashion. Plus de collections jetables, mais du savoir-faire et de la valorisation. Par ailleurs, le documentaire “Mode d’évasion”, qui sera diffusé sur France Télévisions en 2019, traite de mon engagement en prison, où j’anime des ateliers de couture.

Photo 1 : Sakina M’sa donne à la mode un autre visage @Front de mode
Photo 2 : Les vêtements dessinés par Sakina M’sa sont 100% recyclés, issus des poubelles de la haute couture ©Sakina M’sa