Le cuir venu de la mer

Sur les bords du bassin d’Arcachon, dans une cabane d’ostréiculteurs, Marielle Philip tanne des peaux de poissons issues de déchets alimentaires pour en faire des accessoires de luxe : bijoux, maroquinerie, chaussures, sellerie… Sa société Femer n’utilise évidemment aucun produit chimique.

Des peaux de poisson promises à la poubelle transformées en chaussures, sacs, bracelets et autres porte-clefs, grâce à un tannage végétal. Voici le défi qu’a relevé Marielle Philip. L’idée lui est venue de sa mère, Monique, présidente de l’Association des femmes de marins, qui, lors d’un défilé de mode en Laponie, découvre des mannequins vêtues de peaux de saumon. Elle y est retournée et s’est formée, avec un but affiché de création d’emplois. « Dans ce milieu maritime, il n’y a pas beaucoup de professions féminines », rappelle l’entrepreneuse.
Titulaire d’un master 2 en droit de l’environnement et gestion des littoraux, Marielle Philip adhère au concept d’économie circulaire, à « cette approche d’écoproduction ». En 2014, sans emploi, elle décide de lancer la marque Femer. Quitte à en choquer plus d’un, à commencer par les fournisseurs : les poissonneries et mareyeurs. « Le réflexe de la poubelle est encore trop important. Il faut s’habituer à mettre de côté ce qui peut l’être », préconise-t-elle. Au début, si la matière obtenue est suffisamment solide et inodore, elle ne correspond pas pour autant aux exigences de l’industrie de la mode : « Les peaux étaient trop dures, trop marron pour être teintées… Mais c’est grâce à cette base que nous avons pu développer de nouveaux produits. » Pour définir les bons dosages, il a fallu perfectionner les techniques et multiplier les essais, les rencontres avec des professionnels, les visites de laboratoires…

Truite fuchsia et saumon jaune moutarde

À 30 ans, Marielle Philip œuvre dans une cabane d’ostréiculteurs sur le port de La Teste de Buch. « Je travaille la peau, j’écaille, j’enlève la chair. Puis je lance le tannage avec une succession de bains à base de mimosa et de noix de galle. » Le processus prend deux semaines environ.

« Nous pouvons créer toutes les couleurs », précise-t-elle. Sur le site, il est possible d’acheter des cuirs de truite lie de vin, champagne pailleté ou fuchsia, de saumon jaune moutarde ou vert d’eau, de bar décliné sur tous les tons. Au prix d’une vingtaine d’euros en moyenne la peau, les clients font dans le haut de gamme : maroquinerie avec la marque Daguet dans le Limousin, chaussures comme celle de PasKap dans les Landes, bracelets pour plusieurs fabricants de montres… Et bientôt sellerie de luxe pour bateaux.

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